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Lettres et Écrits de Saint André-Hubert Fournet

22   À un directeur de journal.  29 mai 1820

34   À Sœur Saint-Raphaël, à Sœur Perpétue Baulu et à une autre Sœur.  29 novembre 1820.


65   À Mesdemoiselles Girard
.  17 mai 1829

67   À une Sœur d'Igon.  3 juillet [1829].

102   À Sœur Marie-Justine.  fin décembre 1830 - début janvier 1831 (Lettre sur Noël)


108   À Sœur Marie-Perpétue.   15 mai 1831 - "Ascension"

110   À Sœur Marie-Perpétue, aux Sœurs. 20-21 octobre 1831

119   À Sœur Suzanne.  23 avril 1832.

134   À Sœur Alexisvers janvier 1833.

150   À Sœur Marguerite, à Sr Saint-Julien, à Sr Saint-Honoré et à Sr Saint-Ambroise.  20 juin [1833].


163   À Sœur Marie-Louise et à Sœur Marie-Saint-Henri
.   le 1er décembre 1833

 

108  À Sœur Marie-Perpétue.   15 mai 1831

(À la Sœur Marie-Perpétue, Fille de la Croix à Ustaritz, par Bayonne, département des Basses-Pyrénées. À Ustaritz.)

 

Ma révérende Sœur,

            Quand nous voyons des âmes justes sortir de ce monde, nous devons nous réjouir : pour elles, puisqu'elles sont délivrées d'un grand danger de périr ; pour nous, puisqu'elles vont nous servir d'avocates dans le Ciel ; et selon Dieu même, puisqu'elles vont le glorifier éternellement. Que le spectacle de l'Ascension vous console donc, ma Sœur, de la mort de vos Sœurs : elles ne sont pas mortes mais plus vivantes qu'avec leur corps et, quoique vous ne les voyiez pas, elles vous servent mieux que lorsque vous vous félicitiez de les posséder vivantes parmi vous. Notre divin Chef a plus manifesté ses bienfaits après sa mort que pendant sa vie mortelle.
            Nous avons bien des Sœurs mortes spirituellement. On est sur le point d'en renvoyer encore plusieurs. La Sœur Saint-Marc est-elle un peu ressuscitée ? Il faut veiller à ce qu'elle ne tracasse pas trop la supérieure qui pourrait perdre courage.
            Sanctifiez-vous de plus en plus, sanctifiez et faites sanctifier le nom de Dieu. Rappelez à vos Sœurs qu'il a fallu que les apôtres se soient corrigés de l'attachement trop humain qu'ils avaient pour l'humanité de N.S. Jésus : sans cela, ils n'auraient pas reçu sa divinité, son Esprit. À combien plus forte raison devons-nous nous détacher de nous-mêmes et de tout ce qui n'est pas Dieu, Dieu seul, dans les pensées, les désirs, les paroles, les intentions et les actions.
Je vous bénis toutes, je vous désire la grâce et la charité, et je suis votre serviteur.


André

Loué soit N.S, Jésus

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110      À Sœur Marie-Perpétue, aux Sœurs Théodosie et Léocadie, aux Sœurs   Théodore et Théodice, et à Sœur Saint-Bertrand.

20-21 octobre 1831.

(À Madame,

Madame Marie-Perpétue, religieuse, supérieure des Filles de la Croix, maison de charité et d’instruction chrétienne, par Bayonne, à Ustaritz, Hautes-Pyrénées. Par et près Bayonne, à Ustaritz.)

 

            Ma révérende Sœur Marie-Perpétue,

            Je serais bien content si la Sœur Angèle peut réussir et devenir capable d’administrer votre petit noviciat, et surtout d’y former N.S. Jésus dans toutes les Sœurs. Demandez cette faveur à la Sainte Trinité, par les mérites de N.S. Jésus.

            Vous pourrez donner l’habit, faire faire des vœux à toutes les postulantes et novices que le confesseur et vous trouverez bien disposées. Vous les ferez examiner par un prêtre désigné par Monseigneur, comme c’est l’usage.

            Si la Sœur Marie-Justine fait le bien à Bayonne en remplissant la tâche d’une bonne supérieure, capable et régulière, je crois que vous ne devez plus balancer de faire le changement nécessaire : placez la Sœur Saint-Marc ailleurs. On en tirerait mieux parti si l’on pouvait la mettre supérieure quelque part. Si les autres Sœurs nuisent à l’ordre et sont opposées à Sœur Marie-Justine, tâchez de les changer.

            Quand vous traitez pour des postulantes religieuses, il faut traiter d’une manière solide et que la dot soit suffisante et assurée ; le plus sûr serait de [la] recevoir.

            Sitôt que Sœur Angèle sera formée, faites le nécessaire : vous reposer, vous rétablir et nous édifier. Nous vous désirons pour renouveler l’air de La Puye qui a été malsain pour un grand nombre de Sœurs qui ont perdu leur vocation et qui ont été renvoyées. D'autres vierges sages sont dans le Ciel.

            Je vous bénis toutes, je vous salue avec respect et suis votre tout dévoué serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

La Puye, le 20 octobre 1831.

J’écris d’autre part aux Sœurs, par économie.

La Bonne Sœur se porte bien en [..] aussi.

            Mes chères Sœurs Théodosie et Léocadie et autres postulantes,

            Puisque vous avez lieu de croire que vous avez vaincu le monde, la chair et le démon, puisque vous ne sanctifiez plus le nom de votre amour-propre mais le nom de Dieu, puisque l’amour des faux plaisirs, des vanités du monde ne règne plus en vous, mais la croix, le Dieu de la croix règne plus, puisque vous ne faites plus votre volonté, mais celle de Dieu et de vos supérieures, revêtez-vous du saint habit religieux, pourvu que vous soyez revêtues de l’esprit de Notre Seigneur Jésus : sans cela, vous ne feriez que rôle de comédienne en prenant l’habit. Celui qui n’a pas l’esprit de Jésus-Christ ne lui appartient pas. N’oubliez pas que c’est l’amour de N.S. Jésus pour vous qui l’a engagé à se revêtir de la nature humaine. C’est aussi votre amour pour lui qui doit vous revêtir du saint habit.

            Mes Sœurs Théodore, Théodice, et autres,

            Puissiez-vous bien comprendre le don de Dieu dans votre vocation ! Quoi ! tandis que les autres filles cherchent leur félicité dans les trompeuses vanités du monde, les faux plaisirs, vous préférez la croix, les humiliations, les privations ! D'où vient cette sagesse, mes Sœurs ? De notre Père, du Fils et du Saint-Esprit, par les mérites du bon Jésus. Ah ! mes Sœurs ! répétez donc avec la Reine des vierges : Mon âme glorifie le Seigneur, celui qui est tout-puissant a fait en moi de grandes choses. Oui, je consens que vous épousiez, ah ! qui ? le Dieu du ciel et de la terre ! Venez aux noces. L’Époux de ces noces, c’est N.S. Jésus. L’épouse ? C’est vous.

            Ma Sœur Saint-Bertrand et autres,

            Si vous me demandiez l’habit mondain, je vous le refuserais parce qu’il est opposé à la crèche et à la croix. Vous me demandez l’habit religieux, je vous l’accorde parce qu’il est conforme au calvaire, à la crèche, à l’autel. C’est la robe de noces. Si votre confesseur, votre supérieure Marie-Perpétue vous jugent dignes de célébrer vos noces spirituelles, c’est-à-dire faire vos premiers vœux en prenant l’habit, j’y consens, parce que j’ai la confiance que Celui qui a commencé le grand ouvrage de votre sanctification le perfectionnera.

            Courage, mes Sœurs, la couronne de gloire dont les vierges sages ont été couronnées dans la salle du festin est suspendue sur vos têtes, tandis que le malheur est suspendu sur la tête des vierges folles qui ont mis l’idole de la vanité à la place du Seigneur. Mais n’oubliez jamais qu’il faut être religieuse religieuse et qu’une vraie Fille de la Croix est une fille d’humilité, de pauvreté, de détachement, d’obéissance, de patience, de douceur, de recueillement.

           

            Je vous bénis toutes, je vous salue en N.S. Jésus et suis, de vous toutes, le dévoué serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

La Puye, le 21 octobre 1831.

Priez pour nous. Nous prierons pour vous. Toutes vos Sœurs vous aiment.

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65  À Mesdemoiselles Girard.  17 mai 1829

À Mesdemoiselles,
Mesdemoiselles Girard, célibataires, à Neuville-aux-Bois. Par Orléans, à Neuville-aux-Bois.

Loué soit N.S. Jésus mort et ressuscité.

Mes révérendes sœurs,

            J'ai reçu l'offrande que vous avez faite au Seigneur pour procurer à son Église de dignes ministres. Joignez à cet hommage la ferveur de vos prières pour solliciter les bénédictions nécessaires à ces jeunes élèves pour le succès de leurs études. Heureux s'ils sont bien instruits dans la science de la piété !

            Sitôt la réception de votre [...], j'ai fait partir un enfant pour les classes. Déjà j'en avais mis un à la classe de Thénezay. Nous en avons fait commencer à La Puye et nous en attendons un autre dimanche. Tout mon désir, c'est de remplir vos vues.
Je me conformerai à vos intentions dans l'offrande du saint sacrifice de la messe. Je serais bien content si vous pouviez y assister ; pour cela, il faudrait nous faire l'honneur de venir en vacances avec la Sœur Reine  passer quelques jours à La Puye.

            Le Jeudi saint, le Vendredi saint et le jour de Pâques ont dû mettre dans votre âme des lumières qui vous ont convaincues de plus en plus du néant du monde et de la grandeur de Dieu.

            Vous avez vu quelle doit être votre sainteté puisque, dès ce monde nourris de Dieu, nous sommes destinés à le posséder, à partager sa gloire, à vivre de sa vie dans le ciel.

            Vous avez vu l'obligation où nous sommes de mourir tous les jours au monde, à nous-mêmes, au péché, pour entrer dans les intentions de N.S. Jésus agonisant et récompenser ce divin cœur de Jésus qui a traité si rigoureusement son corps.

            Vous avez vu la récompense réservée aux bonnes œuvres et que ceux qui sèment dans les humiliations, la tristesse, les souffrances, cueilleront dans les plaisirs et la gloire.
Je vous désire toutes sortes de bénédictions et j'ai l'honneur d'être avec respect et dévouement, mes vénérables sœurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

Fournet, prêtre.

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67  À une Sœur d'Igon              3 juillet [1829].

Ma respectable Sœur en Notre-Seigneur Jésus,

            Soyez toujours docile au Saint-Esprit, et bientôt vous serez instruite du chemin étroit qui seul peut vous conduire au ciel.
            Vous me faites un tableau de votre vie qui est bien affligeant s'il n'est pas exagéré. Quoi ! vous servez un Seigneur, un Maître, un Époux qui vous dit : « J'ai donné ma figure pour recevoir des crachats, mes joues pour être souffletées, mon dos pour être fouetté, mes mains pour être clouées sur la croix, et vous, vous ne voulez rien souffrir. J'ai obéi, jusqu'à la mort, aux plus grands pécheurs, et vous désobéissez, murmurez, scandalisez. Ne savez-vous pas que refuser la croix, c'est refuser le ciel ? »
            Dieu se retire dans la méditation parce qu'il n'habite point dans la dissipation, l'indépendance et l'indocilité. Sans le silence intérieur et extérieur possible on n'est religieux que de nom. Refuser de renoncer à ses défauts pour se rendre digne de communier, c'est ne vouloir point de Dieu ni en ce monde ni en l'autre. Sans l'imitation de N.S. Jésus, point de bonnes communions. Sans bonnes communions, point de courage pour se convertir. La rechute renferme l'ingratitude, la révolte, la soustraction des grâces.
            Les pensées les plus sales ne sont point des péchés. Voyez les prêtres avec les yeux de la foi et non avec les yeux de la chair. Les mouvements, les désirs involontaires ne sont point des péchés quand on n'y donne point d'occasion. Tout ce qui est en nous malgré nous n'est pas péché ; c'est notre volonté qui nous nuit, et non nos songes.
Si vous vous êtes éloignée de Dieu, l'humilité, la docilité, la régularité vous en rapprochent. Si le monde est dangereux pour vous, si vous n'avez point de zèle pour l'instruction des enfants, si vous n'avez point de courage pour vous vaincre vous-même, si votre cœur revient souvent aux désirs terrestres – surtout de vanité, de sensualité, d'impureté –, vous serez la même dans une communauté cloîtrée parce qu'on se porte et on se trouve partout. Cependant il y a moins de danger dans le cloître que dans nos établissements et, si le Saint-Esprit vous y appelle, je ne vous empêche pas d'y aller. La Sœur Saint-Michel, qui y était allée, est revenue à La Puye. Cependant il y a moins de dangers dans la retraite que partout ailleurs. Les Carmélites paraissent bien régulières. Il faudrait une dot plus considérable. Tâchez de bien connaître et accomplir la très sainte volonté de Dieu.
            Il faudra venir aux vacances après la Notre-Dame d'août. Nous tâcherons, s'il est possible, de vous envoyer chercher. Nous écrirons à cette époque.
Je salue en N.S. Jésus la Sœur Perpétue. Je lui conseille et lui donne pour pénitence l'amour, la confiance, et la joie ; je donne à l'autre le désir du ciel, la paix et les consolations du Saint-Esprit.
Je vous bénis toutes et suis votre dévoué serviteur et frère.

André.

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119        À Sœur Suzanne.   23 avril 1832.

À Madame Suzanne, religieuse, supérieure des Filles de la Croix de la maison de charité et d’instruction chrétienne, par et près Paris, à Mantes.

 

Loué soit N.S. Jésus-Christ.                                                                

La Puye, le 23 avril 1832

 

            Ma révérende Sœur,

            Le Maître, ou plutôt le divin Époux que vous avez choisi, désirait mourir pour vous avant de vous avoir créée. « Je dois être baptisé d’un baptême de sang, disait-il, il me tarde que le moment soit arrivé ».

            À l’exemple de ce divin Modèle, combien de martyrs, combien de vierges, de simples chrétiens ont préféré la mort à la vie ! « La mort est pour moi un gain et je désire que mon corps soit détruit pour être uni à mon Seigneur Jésus-Christ, disait l’un d’eux. Je veux être dévoré par les bêtes ; si elles veulent m’épargner, je les provoqueraiJe suis le froment de Jésus-Christ ; je désire être moulu par lui. » Gardons-nous donc bien, ma Sœur, de partager cet aveuglement déplorable qui fait craindre le choléra plus que le péché. Que devons-nous faire dans ce temps de calamités en tous genres ? Le choléra est une des moindres : la perte de la foi, l’aveuglement spirituel, la mort dans le péché, l’impénitence, sont les plus terribles.

            Que devons-nous faire, dis-je ?

1) Nous humilier sous la main puissante de Dieu, en reconnaissant que c’est à juste titre que nous souffrons, parce que nous avons péché. Bien loin d’accuser nos frères d’avoir attiré la colère du Ciel sur nous, confessons que nous sommes les plus coupables et que nous avons plus de part que qui que ce soit aux péchés qui ont irrité Dieu. Nous devons être tout couverts de confusion, à l’imitation des prophètes et des saints pénitents.

2) Nous devons nous convertir à Dieu de tout notre cœur, nous détachant de tout et de nous-mêmes, nous purifiant du vieux levain de l’amour-propre, source de tant de péchés !

3) Nous devons prier nuit et jour pour l’Église, pour le pauvre peuple enseveli dans l’horreur des ténèbres et exposé à être englouti dans les ténèbres éternelles.

4) Nous devons sacrifier tout pour ne pas rester un instant dans l’état où nous ne voudrions pas mourir, faire toutes nos actions comme nous voudrions les avoir faites à l’heure de la mort et ne jamais faire ce que nous ne voudrions pas avoir fait en ce dernier moment, ne pas oublier de faire ce que la mort fera, savoir : nous détacher de tout, même de notre corps qu’il nous faudra quitter. Jamais la conviction de la mort, la vigilance contre la mort, la pratique de la mort ne furent plus nécessaires.

            Pratiques :

1) Trois fois par jour, prosternée, les lèvres collées sur le crucifix, répétez : Parce  etc.

2) La prière dans le Formulaire pour le Carême.

3) Mourir tous les jours à un défaut et ressusciter à une vertu.

4) Un jeûne par semaine, le vendredi.

5) Visites au Saint Sacrement et prière à la Sainte Vierge – Memorare – et à saint Roch.

6) Offrande des communions en échange de satisfactions, dont nous sommes redevables à Dieu, des peines et des châtiments qui nous sont si justement dus. Pratiquer une humiliation, souffrir une peine et se priver d’un plaisir par jour, sinon s’offrir, du moins se dévouer à Dieu en état de victime, et être disposé à voler au secours des malades, même du choléra, à la première réquisition qui en sera faite.

            Je vous bénis, je vous salue en N.S. et suis votre serviteur.

André, supérieur.

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150      À Sœur Marguerite, à Sr Saint-Julien, à Sr Saint-Honoré et à Sr Saint-  Ambroise.

20 juin [1833].

À Madame Marguerite, religieuse, supérieure de l’hospice de Patay, près Orléans. Par Orléans, à Patay.

            Ma Sœur Marguerite,

            Puisque N.S. Jésus vous fait part de son humilité et de sa grandeur, imitez ce divin Modèle : soyez au milieu de vos Sœurs et de la paroisse comme la servante de tous. Qui est plus supérieur que N.S. Jésus ? et qui est plus inférieur ? Il ne paraît rien ; soyez donc cachée avec lu mais que l’exemple de toutes ses vertus paraisse en vous. Oh ! surtout, que l’ordre, la Règle, la charité, le silence possible, les examens, la visite, la lecture, l’oraison, les élévations de cœur, que tout cela règne et le divin Jésus se plaira en vous comme dans le Ciel et vous lui ferez réparation du passé.

 

            Ma Sœur Saint-Julien,

            Où êtes-vous ? En Dieu, avec Dieu. Venez-vous de Dieu ? À qui appartenez-vous ? À Dieu. Oh ! ne vivez donc que pour Dieu. Êtes-vous plus occupée du Père, du Fils et du Saint-Esprit que de toute autre chose ? L’état, la vie cachée de N.S. Jésus-Christ sont-ils la règle de votre conduite ? C’est pour cela qu’il est chez vous, pour être votre modèle.

            Vos malades sont-ils aussi contents de Sœur Ambroise que de Sœur Saint-Martial ? Si Monsieur Gassau et les Sœurs aiment mieux Sœur Saint-Martial, on pourrait faire l’échange. Vous viendrez aux vacances.

 

            Ma Sœur Honorée,

            Puisque vous êtes toujours malade, il faut venir à La Puye pour guérir votre âme et votre corps. Vous rappelez-vous de cette petite Forget, pieuse, humble, docile, fidèle à ses devoirs ? Je crains qu’elle ait disparu et qu’Honorée Forget, souvent sans attention à la présence de N.S. Jésus avec qui elle demeure, sans imitation de ce divin Modèle, sans crainte de lui déplaire, sans reconnaissance de ses bontés, en ait pris la place. Oh ! ma Sœur, qu’il est dur le cœur qui demeure avec Jésus sans s’occuper de lui, sans union avec lui et sans faire paraître dans sa conduite les vertus de ce divin Chef ! Soyez donc un autre Jésus sur la terre, et vous serez Jésus-Christ dans le Ciel.

 

            Ma Sœur Ambroise,

            Vous savez que vous avez ressuscité à La Puye ; n’êtes-vous pas morte à Choise ? Oh ! ne vivez donc plus à Patay, mais que ce soit Jésus qui vive en vous.

           

            Je vous bénis toutes et vous salue en N.S. Jésus, et suis votre serviteur.

André.

Loué soit N.S. Jésus.

Sœur Saint-Sébastien est à l’agonie. Sœur Modeste est poitrinaire. Priez pour nous tous.

 

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134         À Sœur Alexis. vers janvier 1833.

À la vénérable Sœur Marie-Alexis, religieuse à Avanton.

            Ma révérende Sœur,

            Lorsque l’archange Gabriel annonça à la divine Marie que Dieu l’avait choisie pour être la mère de son divin Fils, elle se soumit en disant : « Je suis la servante du Seigneur ». Voilà ce que vous devez faire, ma chère Sœur, en acceptant l’administration de l’établissement d'Avanton. Nous vous choisissons pour en être supérieure. Vous tâcherez de faire régner dans tous les cœurs, des enfants, des Sœurs et des paroissiens, l’esprit de Jésus-Christ mort et vivant pour nous. Ne répliquez rien que les paroles de notre divine Mère : « Je suis la servante du Seigneur ».

            Je vous bénis toutes et vous salue en N.S. Jésus-Christ et suis votre serviteur.

André, supérieur.

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22   À un directeur de journal.  29 mai 1820

 

Tout pour la plus grande gloire de Dieu.

Monsieur,

           Les missions, dont les effets sont de plus en plus salutaires, ont fait apercevoir à bien des supérieurs, soit en qualité de pasteurs, soit en qualité de pères, de parrains et de maîtres, qu’ils n’avaient point rempli leurs devoirs envers leurs inférieurs. Pour remédier à ce désordre, ils désirent rendre publique une lettre qui renferme un abrégé des principaux devoirs de la religion. Votre dévouement au service de vos abonnés, qui ne sont pas tous sans reproche à l’égard du manquement dont il est question, m’a fait croire que vous ne refuseriez pas d’insérer dans votre journal cette lettre que je prends la liberté de vous communiquer en vous priant d’ajouter ou de retrancher ce qu’il vous plaira. Le style n’est pas celui du jour, mais il vaut mieux se faire comprendre que de se faire admirer.

Lettre d’un supérieur à ses inférieurs
sur les principales vérités de la religion.

Monsieur,

           Toutes les créatures qui vous environnent s’empressent à vous servir pour obéir à l’ordre qu’elles en ont reçu du Créateur, qui ne leur a donné les qualités et les différentes propriétés que vous admirez en elles que pour vos différents besoins. Vous recevez non seulement sans peine mais encore avec plaisir tous les services que chacune de ces créatures vous rend à l’envi. 

           J’ai l’honneur moi aussi d’être la créature de Dieu, qui m’ordonne comme aux autres de vous servir. En me choisissant pour votre supérieur, soit en qualité de pasteur soit en qualité de parrain ou de maître, Dieu m’a chargé de veiller à la garde de votre personne, en me menaçant d’en rendre compte âme pour âme. Permettez-moi, Monsieur, d’obéir à un ordre si pressant, si rigoureux, et de remplir ma tâche en rappelant à votre souvenir que la religion dans laquelle vous êtes entré par le baptême impose des devoirs imprescriptibles par rapport au prochain et par rapport à soi-même.

           1° Par rapport à Dieu, elle ordonne de dépendre de lui en toutes choses de manière à ne jamais rien faire sans sa permission, de vivre pour lui de manière à ne rien faire par intérêt, par plaisir, par vanité mais tout pour lui plaire et le servir : « quoi que vous fassiez, ou en parlant ou en agissant, soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour la gloire de Dieu » , dit l’Esprit Saint. De là, la loi de rendre compte d’une parole inutile, d’un moment perdu ou mal employé, de l’abus des moindres choses. Elle ordonne de l’aimer plus que soi-même, d’un amour de préférence, de perdre tout et la vie même plutôt que de consentir à l’offenser, de tout attendre de sa bonté, de reconnaître que toute grâce et tout don parfait vient de lui, qu’il ordonne d’honorer son saint nom de manière à être pénétré du plus grand respect intérieur et extérieur quand il s’agit de lui rendre ses devoirs dans la prière. Le corps est sa créature rebelle ; il doit se tenir dans l’abaissement et la souffrance. L’âme est sa créature révoltée ; elle doit se tenir dans l’humiliation et l’affliction.

           Cette religion sainte ordonne de sanctifier les jours consacrés à l’honorer en assistant aux divins offices, non pas seulement de corps mais en esprit, s’appliquant intérieurement à reconnaître son néant, à remercier son Créateur, à lui demander ses besoins et surtout ses grâces. C’est spécialement en assistant au sacrifice du Dieu qu’on adore qu’on doit donner des preuves de sa religion. À la vue de cette victime immolée, peut-on s’empêcher de prendre la dernière place, la position la plus humble, pour peu qu’on sente la distance de la créature au Créateur ? 

           Notre religion ne se borne pas à nous ordonner d’adorer notre Créateur, elle nous fait encore un précepte de le recevoir, de nous en nourrir. Tel est l’amour de Dieu pour ses créatures que, peu content de nous avoir tout donné pour nos différents besoins et même nos plaisirs nécessaires et légitimes, peu content de s’être tout dévoué au service de l’homme et comme créature et comme Créateur, peu content d’être devenu le frère de l’homme en se faisant homme lui-même exprès pour mourir pour les hommes, peu content de s’être immolé dès sa naissance sur une poignée de paille, pendant sa vie [couché] sur la terre, à sa mort cloué sur un morceau de bois, il veut encore demeurer en nous et que nous demeurions en lui. « Celui qui me reçoit demeure en moi et je demeure en lui », nous dit-il. C’est pourquoi il daigne s’ajouter lui-même à tous ses dons en se donnant pour notre nourriture : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde ; prenez et mangez, ceci est mon corps. » Tel est le grand miracle qu’il continue de faire dans l’eucharistie en changeant le pain en son corps par le ministère de ses prêtres. De là, le grand précepte de communier dignement : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez point la vie en vous. »  À la suite du précepte du Seigneur, vient celui de son Église aussi infaillible que lui-même : « Ton Créateur tu recevras au moins à Pâques humblement. ». 

           2° La religion impose de grands devoirs par rapport au prochain. Elle ordonne de lui faire tout ce que nous voulons qui nous soit fait à nous-mêmes et défend de lui faire ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. Elle ordonne de l’aimer comme soi-même, de le servir, de lui prêter sans aucun intérêt, de lui pardonner du fond du cœur, d’aimer et servir même ses plus cruels ennemis. Elle défend de rendre injure pour injure, de se venger.

           3° Cette religion si belle, et malheureusement si peu pratiquée, qui nous apprend si bien à connaître ce que c’est que Dieu et ce que nous sommes, nous impose encore de grands devoirs par rapport à nous-mêmes, savoir : de nous renoncer nous-mêmes, de nous haïr, de contrarier nos penchants au lieu de les suivre, de garder une exacte tempérance dans l’usage de toutes les choses nécessaires à la vie. Elle condamne donc l’excès, l’attache et la recherche même dans les plaisirs permis et nécessaires. Elle défend d’aimer le monde et tout ce qui est dans le monde, parce que Dieu veut tout le cœur de l’homme. Elle défend de se conformer au monde, c’est-à-dire de suivre les exemples de ce grand nombre de personnes qui ne cherchent que le plaisir, la vanité et l’intérêt dans toute leur conduite, qui, au lieu d’aimer Dieu, n’aiment que le monde. Elle prescrit au contraire de se conformer à N.S. Jésus et à ses saints, de porter sa croix en pratiquant une exacte soumission à la volonté de Dieu en toute chose, sans jamais murmurer ni s’impatienter.  Elle ordonne de garder les promesses du baptême, de renoncer au péché, au monde, à la chair, de croire à la Sainte Trinité, en Jésus-Christ, à la Sainte Église, de recevoir dignement les sacrements, de bien se garder de les profaner en les recevant sans les dispositions nécessaires, sans conversion, sans contrition. Elle ordonne de pratiquer les vertus chrétiennes, le détachement du monde et de soi-même, l’humilité et surtout la pénitence du cœur, intérieure et extérieure, sans laquelle les confessions, les communions, le baptême si on est adulte, ne sont qu’illusion, hypocrisie et sacrilège.

           Voilà de grands devoirs à remplir, Monsieur. Quel est celui qui les impose ? Un Dieu tout-puissant qui, d’une seule parole, a fait sortir l’univers du néant ; un Dieu devenu homme pour pratiquer le premier ce qu’il ordonne et souffrir dans sa nature humaine tous les châtiments que mérite l’homme pécheur, jusqu'à se faire crucifier pour réformer les hommes et les réconcilier avec leur Créateur ; un Dieu non seulement victime sur la croix, mais encore sur les autels où il est à chaque instant sacrifié un million de fois par jour pour sa créature rebelle ; un Dieu qui, d’une main, présente à l’homme l’univers pour pourvoir à tous ses besoins et, de l’autre, lui présente son cœur, sa personne, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. ». J’ose vous le demander, Monsieur : un tel maître mérite-t-il d’être obéi ?...

           Voilà ce qui a fait descendre Dieu lui-même sur la terre, se faire homme, s’humilier, pleurer, coucher sur une poignée de paille, souffrir la privation de toutes choses les plus nécessaires à la vie, souffrir, mourir cloué sur un morceau de bois par les hommes et pour les hommes, après avoir établi sa religion et donné l’exemple de toutes les vertus qu’elle prescrit. Voilà ce qui le fait encore descendre tous les jours sur des millions d’autels, s’immoler, souffrir, s’anéantir, se donner. Voilà ce qui le retient en état de victime dans nos tabernacles. Voilà ce qui l’engage à venir de la droite de Dieu le Père dans la faiblesse de nos corps et de nos cœurs.

           Voilà, Monsieur, ce qui m’engage à prendre la liberté de vous écrire, pour réparer les manquements dont j’ai pu me rendre coupable et pour vous prouver le grand désir que j’ai de contribuer en quelque chose à votre salut. Mon intention, en prenant la liberté de vous écrire, est de m’édifier avec vous. Si j’avais le malheur de vous déplaire, je vous supplie de m’excuser en faveur des motifs qui m’animent. Quelle récompense promet le Seigneur à celui qui gardera sa loi ? Gloire, honneur, joie, paix intérieure, consolation. Voilà, dès ce monde, la récompense de celui qui est fidèle à remplir les devoirs de la religion pour cette vie, et Dieu lui-même, dans l’autre vie, sera sa récompense éternelle.

           Voilà ce que je vous souhaite, Monsieur, en vous suppliant d’agréer les profonds hommages de celui qui a l’honneur d’être avec le plus respectueux dévouement, Monsieur et respectable filleul, votre très humble et très obéissant serviteur.

Fournet, prêtre, ci-devant curé de Maillé.

 

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102  À Sœur Marie-Justine.  fin décembre 1830 - début janvier 1831 (Lettre sur Noël)

À Madame Marie Justine, religieuse, supérieure de la maison de charité et d'l'instruction des pauvres, le Grand-Paradis, à Bayonne.

Loué soit le Saint Enfant Jésus.

Ma révérende Sœur,

           Vous avez sans doute reçu la lettre que je vous ai écrite à votre arrivée à Bayonne.

           Vous êtes la lumière, le modèle, la supérieure de cet établissement. Soyez supérieure dans la pratique de toutes les vertus, de la régularité, de l'humilité, du silence possible, de l'attention à la présence de Dieu, de N.S. Jésus chez vous. Avez-vous compris le bonheur de votre état en célébrant les fêtes de Noël ? Courage, ma Sœur, les larmes, la paille, les langes, l'étable, la crèche, tout vous dit que vous avez choisi la meilleure part, puisque vous continuez la pauvreté, l'humilité, la charité, le détachement et le zèle de N.S. Jésus pour les enfants et les malades. Soyez donc de bonne volonté, ne résistez plus au Saint-Esprit, et vous aurez la paix, la joie, la grâce et la gloire. Notre Saint Enfant Jésus est venu faire connaître Dieu, le faire aimer, faire craindre sa justice : continuez d'en faire autant. Puisque vous demeurez avec ce divin Modèle, vous devez l'imiter et le représenter, surtout sa vie intérieure et détachée.

           Je vous prie de surveiller les classes pour prévenir la familiarité et les attaches trop humaines ; surveillez aussi, pour les empêcher, les fréquentes communions aux petites filles dissipées, peu ou point respectueuses dans la prière, recherchées dans les choses nécessaires. En général, il n'y a que ceux qui imitent N.S. Jésus qui doivent recevoir N.S. Jésus souvent. Et surtout, il faut faire lire et expliquer le Petit Livre.

           Je vous prie d'observer que votre maison est une église, un paradis où Dieu habite. Soyez donc toutes célestes, comme la divine Marie ; conservez dans vos cœurs l'attention aux mystères que nous rappelons à notre souvenir. Il y en a un à Bayonne qui n'est pas connu. Vous y êtes aussi comme des étrangères inconnues pour honorer la Sainte Trinité dans votre emploi. Oh ! que votre maison, vos cœurs, soient donc comme un tabernacle où la Sainte Trinité est honorée comme elle l'est dans les tabernacles des églises. Faites régner la Règle, le silence, la visite, les examens, l'oraison, la coulpe, les élévations de cœur, la vie et l'esprit intérieurs. Faites sentir aux petites et aux grandes que, quand le Maître se tait, les servantes doivent se taire, adorer, remercier et s'anéantir.

           Si les mouvements de Bayonne vous exposent, vous pourriez vous retirer à Igon ou ailleurs. J'observe à la Bonne Sœur, que j'ai l'honneur de saluer en N.S. Jésus ainsi que ses compagnes, que les chemins par Cahors sont très mauvais et que l'hiver semble s'opposer à ce qu'elle prolonge son chemin.

           Je souhaite que vous mouriez, que vous soyez ensevelies à la fin de l'année – ce sera le moyen d'obtenir des années éternelles que je vous souhaite à toutes – et suis de vous toutes le dévoué serviteur et frère.         

André.

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163       À Sœur Marie-Louise et à Sœur Marie-Saint-Henri.   le 1er décembre 1833

À Madame Marie-Louise, religieuse, supérieure de la maison de charité et d'instruction chrétienne d'Issy, près Paris. Par Paris, à Issy.

Loué soit N.S. Jésus-Christ. La Puye, le 1er décembre 1833.

Ma chère Sœur Marie-Louise,

            Si ma plume vous oublie, mon âme ne vous oublie pas car je prie Dieu pour vous tous les jours, même à la sainte messe. Si je m'en rapporte à ce que vous me dites, mes prières ne sont pas exaucées. Je prie pour que vous meniez une vie intérieure, que vous fassiez de sérieux retours sur vous-même, que vous soyez recueillie d'esprit, de cœur et de conduite, que vous conserviez toujours une intime union avec Dieu, de manière à ne jamais rien faire sans sa permission.
            Et voilà que vous me dites que vous êtes dissipée, indépendante, désoccupée de Dieu. L'heure est venue, ma chère Sœur, de vous réveiller de votre assoupissement. Vous êtes extérieurement dans le chemin étroit qui conduit  au Ciel ; tâchez d'être encore plus intérieurement unie au divin Époux qui vient si souvent loger chez vous. Faites à Issy ce qu'il y fait. Représentez-le  partout et tâchez que vous et vos Sœurs lui soient  unies de manière à adorer en lui, par lui et avec lui  la Très Sainte Trinité. Sans doute que vous faites régner le règlement, surtout le silence. Encore un peu de temps, et la pénitence d'Issy se changera en joie, en délices qui ne finiront jamais. Courage : vous travaillez pour le Ciel. Vous servez le Dieu de la crèche, qui vous a si bien servie. Que son avènement soit le sujet continuel de vos réflexions, de vos affections et de vos imitations.

            Ma Sœur Marie-Henri,

            Réjouissez-vous : vous avez plus de part au salut que Jésus-Christ apporta sur la terre que les trois quarts du monde. Il est vraiment votre Sauveur : votre vocation à l'état religieux le prouve. Si vous trouvez en vous encore quelque chose du vieil homme, priez votre Époux de faire encore en votre faveur la fonction de Sauveur, en vous délivrant de tout ce qui peut lui déplaire en vous. Sans doute que vous êtes obéissante, régulière, intérieure, et que vous imitez en tout votre divin Modèle.

            Je vous bénis toutes trois et suis votre serviteur.
            J'ai l'honneur de remercier Monsieur le curé de ses bontés pour vous et de lui offrir l'assurance de mon respectueux dévouement.

André, supérieur.

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34   À Sœur Saint-Raphaël, à Sœur Perpétue Baulu et à une autre Sœur.  29 novembre 1820.

 

À la vénérable, très vénérable Sœur Raphaël, très digne religieuse, Fille de la Croix, Sœur [de] Saint-André, canton de Boiscommun, route d’Orléans. Par Boiscommun, à Bellegarde.

            Ma bonne et révérende Sœur Raphaël,

            Votre nom seul, ma Sœur, me touche et me fait dire : Qui est semblable à Dieu ! Oh ! comment Raphaël peut-elle être tiède avec un si beau nom ? Plus vous êtes attaquée, plus il faut combattre et résister. Considérez ce que vous étiez dans votre création, votre naissance, pour l’âme et pour le corps. Quelle bassesse ! Vous avez donc tort de vous élever. Songez que vous êtes religieuse de corps et d’âme. Tout en vous doit être religieux : les pensées, les paroles. La moindre immodestie volontaire deviendrait un sacrilège, à raison de votre consécration à Dieu. Si vous obéissez en ce monde, vous régnerez dans l’autre. Oh ! ma Sœur, je vous excuserais d’être tiède si vous aviez [sic] resté dans le monde mais, devenue religieuse, tout en vous doit être religieux. Craignez la tiédeur : elle chasse le Saint-Esprit des cœurs.

            Oui, ma Sœur, c’est pour votre sanctification que le Seigneur vous a envoyé Sœur Perpétue. Imitez-la ; laissez-la maîtresse de votre volonté et de votre cœur. Vous avez le bonheur de demeurer avec deux âmes justes ; soyez donc généreuse pour vous vaincre, vous réformer et devenir une religieuse religieuse. Conservez la présence de Dieu. Vivez comme si vous étiez déjà morte dans la dépendance de Dieu. Ne faites rien sans permission. Craignez le plus petit péché véniel. Aimez la croix. Renoncez-vous souvent intérieurement et extérieurement. De cette manière, vous porterez à juste titre le nom de Sœur Raphaël.

 

            Ma Sœur Perpétue,

            Dieu choisit les faibles pour confondre les forts. Travaillez donc à confondre le démon, la chair et le monde, et à faire régner N.S. Jésus dans vos cœurs. Qu’il y ait entre vous une union de Sœurs. Soyez ferventes et fidèles à la règle, l’oraison, l’examen*, la visite*, la lecture*, les élévations de cœur* à toutes les heures, le silence possible, lire et expliquer le Petit livre* aux enfants. Fidélité en tout. Vous devez à vos Sœurs l’édification, la charité, la prudence, la vigilance et la fermeté. Celles qui imiteront N.S. Jésus à l’église, à la maison et partout, communieront le plus souvent. Celles qui ne l’imiteront pas bien parfaitement communieront moins souvent.

            Priez pour vos parents, surtout votre père. Votre sœur, l’aînée non mariée, est malade un peu.

            Ma Sœur, qui avez la meilleure part, la troisième place, courage, vous travaillez pour le ciel. Soyez à Bellegarde comme y est votre Époux : en silence, appliquée à honorer Dieu, bien unie à vos Sœurs, priant pour l’Église et attendant votre récompense.

            Je vous bénis toutes trois.

            Je vous salue en N.S. Jésus et suis votre serviteur.

André.

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