Filles de la croix Thaïlande

Installation à Thasongiang
May 17, 2012

Bonne fête de Pâques ! Suksan wan Pasca ! สุขสันต์วันปัสกา ! 


Ce sont les mots que nous avons entendus la nuit de Pâques. Le temps de la Passion est fini, une nouvelle Vie jaillit du tombeau ! C’est en effet une nouvelle vie, une nouvelle étape que nous vivons après ce long temps d’apprentissage du thaï, où depuis le 1er avril nous sommes auprès des karens à Thasongyang.

Les jours précédant notre départ vers Thasongyang, avec la présence de Sr Ana du conseil général, nous avons remercié les deux congrégations une dernière fois. Et ce sont elles qui nous ont fait la surprise en nous offrant les premières nécessités pour notre installation (matériel de cuisine, draps…).
Le 1er avril nous quittons Bangkok. Durant notre voyage, nous recevons un appel nous annonçant le départ du couple qui tenait la maison d’accueil. La bonne humeur qui régnait, disparait. Comment allons-nous assurer l’accueil sans rien connaitre du fonctionnement ou de la langue karen ?

En arrivant, nous avons la surprise et la joie d’avoir la messe célébrée par le P. Peter, notre responsable ; le P. Pensa et le P. Luci, venus du nord du pays, tous les trois de Betharram. Il y avait aussi quelques chrétiens, les sœurs karennes et les trois couturières (Biuw, Khem et Chichi). En attendant de trouver une solution stable, ce sont elles, qui assureront l’accueil des villageois descendant de la montagne et qui nous ont aidées les 1ers jours. Le Seigneur nous invite à lâcher nos fragiles assurances et à accueillir la nouveauté que la vie nous offre.  «  Confie ta vie au Seigneur, aie confiance en lui et il agira. » Ps. 37,5

 Le lendemain, nous avons eu, en communion avec les communautés fondées en Argentine et au Brésil, la célébration d’envoi en mission. Ou plutôt comme a dit le P Pensa, c’est Jésus qui nous accueille dans cette mission auprès des karens ! Plus tard, Mgr Pibul est venu nous saluer et nous souhaiter la bienvenue.

Petit à petit, nous avons acheté tout le nécessaire à Thasongyang et à Maesot (80 km). N’ayant pas de voiture, avec des difficultés pour communiquer, il y avait toujours quelqu’un pour nous aider.

Deux jours après notre arrivée, cinq françaises qui vivent à Bangkok de l’association « esprit karen » arrivent pour 3 jours. Cette association est en lien avec l’association « terres karens », une coopérative composée de tisserandes des villages de montagne. Elles tissent des étoffes selon les demandes et en respectant la tradition karen. Entre ces deux associations, il y a les couturières de Thasongyang qui récupèrent les étoffes tissées pour en faire des produits finis selon les commandes d’ « esprit karen », qui les revendent ensuite (sets de table, sacs…)

Alexis, un jeune volontaire MEP fait le lien entre les villages pour « terres karens » et Marion, jeune volontaire de l’association « Enfants du Mékong » fait le lien avec ces deux associations. Dans l’avenir, après le départ de Marion, ce sont Srs Teresa et Marie-Bé qui assureront ce lien. C’est pourquoi elles ont accompagné ces femmes dans les villages pour voir la réalité des tisserandes. Ces associations ont été créées à l’initiative du P. Alain Bourdery (MEP) pour conserver les traditions de tissage karen et donner un travail régulier pour les villageoises. Chaque maillon est important et dépend des deux autres. « L’un n’est pas l’autre, l’un n’est pas sans l’autre » M. de Certeaux.

 La 2e semaine, avec le P. Nicolas (MEP), Srs Marie Bé et M. Christine vont dans un camp catéchiste à la montagne. Ce camp s’adresse aux enfants âgés de 7 à 15 ans qui ont peu de catéchèse dans l’année. 300 enfants étaient encadrés par des catéchistes de différents villages et coordonnés par le P. Peter. La logistique est vraiment au point, avec si peu de moyens : la cuisine rudimentaire est installée au bord de la rivière et la communauté des sœurs karennes avec quelques étudiants s’occupent de la cuisine.

La catéchèse s’organise sous forme d’ateliers : les sacrements, la liturgie (les répons de la messe), les chants, la Bible et l’écrit karen. Après avoir fait le tour, notre petit groupe s’arrête avec l’atelier chants. Les chants de Taizé internationaux sont très vite accueillis. La semaine s’est achevée avec la 1ère communion et la confirmation par Mgr Pibul.

 A cause de la réalité géographique et pastorale, les prêtres célèbrent Pâques sur plusieurs jours en se déplaçant dans les différents villages. C’est pourquoi durant la semaine sainte, nous n’avions pas eu de célébration. Mais en communauté, nous avons célébré le Triduum Pascal, tout en étant en communion avec l’Église locale.

Jeudi Saint : nous avons vécu le lavement des pieds entre nous comme signe de pardon et de service à l’exemple du Maître. Nous avons pris un long temps d’Adoration.

Vendredi Saint : nous avons fait le chemin de Croix à partir d’un diaporama, fait de vitraux représentant les mains qui accusent, soulagent, aiment. Une manière de nous unir à tous les crucifiés d’aujourd’hui.

Samedi Saint : nous avons pris un long temps des Vêpres en célébrant le Christ ressuscité. Et pour couronner cette Vigile, une coupure d’électricité nous a obligées à allumer des chandelles et chanter l’hymne pascale « O nuit de quel éclat tu resplendis » !

Le lundi, le P. Peter est arrivé pour nous conduire à Panoypou et célébrer Pâques avec les chrétiens. C’est un village, où il y a une école agricole, permettant aux enfants d’apprendre d’autres cultures que le riz. L’église était pleine de villageois venus des alentours, certains à 2h de marche. Nous avons commencé par de beaux chants puis la confession pendant plus d’une heure et enfin la célébration de la Vigile Pascale. Le P. Peter a célébré quatre Baptêmes dont deux adultes. Nous ne comprenions rien puisque tout était en karen (nouveau défi linguistique !).

Dans ce contexte de commencement avec une nouvelle langue, nous avons vraiment célébré le passage des ténèbres à la lumière : A la fin de la messe, un vieux monsieur est venu nous saluer en thaï et nous a dit qu’il était un des premiers chrétiens de ce lieu, baptisé par le P. Quintard (missionnaire MEP, pionnier de cette région). Nous avons été touchées par sa simplicité et sa foi. Il nous a invitées à revenir ici !

 « L’évangile nous déplace, qu’est ce qu’il nous reste ? La joie de la foi comme une alliance, comme une joie humble d’un pauvre invité à des noces » (Mgr Rouet, Chap. 2010)